Dans la région des hauts plateaux. Cette danse symbolise la joie des réunions où l'on partage la viande du buffle et l'alcool (placé dans une jarre derrière les cornes de l'animal).
La danse du paon, exécutée par les étudiants de l'Université royale des Beaux-Arts. Cette danse folklorique est encore pratiquée dans certains villages.
Le sacrifice du buffle, danse des Khmers leu (montagnards).
La danse des paons, originaire de Païlin (province de Battambang).
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Un tambour samphô
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par
Jacques Brunet,
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Janvier
1968
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Sur le plan artistique, le royaume du Cambodge est surtout connu par ses admirables temples d'Angkor. Un autre domaine - celui des danses et de la musique traditionnelles - possède aussi un prodigieux intérêt. Le sujet est si vaste qu'il n'est possible d'en faire ici qu'une ébauche rapide. Grâce à une iconographie ancienne importante,
on peut dégager l'histoire de la musique khmère depuis le
début de cette civilisation. Sur un vieux fond Môn-khmer
d'origine austro-asiatique est venu se greffer l'apport indien lors de
l'implantation de commerçants et des marins indiens : les plus
anciennes représentations d'instruments de musique sur les bas-reliefs
datent des VIe et VIIe siècles et on y voit des instruments tels
que la harpe coudée, des petits tambours et des cithares à
deux calebasses, ancêtres de la vina indienne. Ce dernier instrument
existe encore aujourd'hui : le monocorde à une calebasse, le sadêo.
Puis c'est toute une gamme de gongs dont la plupart sont sans doute originaires
de l'ancienne culture, des tambours, des flûtes, puis des trompes
de toutes sortes ; enfin, sur les bas-reliefs tardifs (XVe siècle)
du temple d'Angkor-Vat on voit des jeux de gongs circulaires, encore utilisés
aujourd'hui, des hautbois et des monocordes. Ces orchestres marchaient en tête des défilés
militaires ou accompagnaient (suivant les instruments utilisés)
les danses rituelles de l'époque. Les musiciens avaient un statut
particulier et étaient souvent l'objet d'échanges et de
dons de la part des grands seigneurs. Danses et musique étaient
alors profondément liées (elles le sont restées d'ailleurs
aujourd'hui). Ainsi de nos jours, de nombreuses traditions liées aux cérémonies royales, religieuses ou domestiques montrent l'ancienneté de l'utilisation de la musique dans les différents actes de la vie. En effet, la musique dans toutes ses manifestations est une offrande aux dieux ou aux génies à qui l'on demande une aide. Il faut distinguer au Cambodge trois formes d'orchestres servant d'ailleurs à trois rôles différents. L'orchestre de musique pinpeat est l'orchestre des danses royales et de la musique des pagodes. Il se compose généralement de deux roneat (xylophones à lames de bambou), de deux kong-thom (jeux de gongs horizontaux et circulaires), de skor-thom (gros tambours à peau de buffle frappés par un gros morceau de bois très dur), d'un sampho (petit tambour horizontal à deux peaux de résonance et dont l'exécutant est le dirigeant de l'orchestre), de chhing (petites cymbales en cuivre) et d'un sralay (hautbois), seul instrument mélodique de l'orchestre. Dès son arrivée au Cambodge, le visiteur entendra cette musique cristalline, car elle est exécutée à chaque fête religieuse. La plus grande perfection dans cette formation est obtenue dans la province de Battambang, à l'Ouest du pays. Il est curieux de noter que ce type d'orchestre se rapproche de celui du gamelang javanais, qui ajoute, à ses percussions, un instrument mélodique, flûte ou vielle.
Dans les provinces de Siemreap ou de Takeo, la musique
populaire est particulièrement bien jouée. Ces orchestres
se composent de quatre instruments : le tro-ou, vielle à
deux cordes accordées en quinte et dont la caisse de résonance
est une noix de coco évidée ; le tro-chhey, autre
vielle à deux cordes dont la caisse de résonance cylindrique
est taillée dans un os de buffle ou dans un rondin de bois; le
tro-khmer, vielle à pique à trois cordes, à la
technique difficile; enfin, le cha-pei, luth à deux doubles
cordes et au manche à prolongement courbe finement décoré.
A ces instruments s'ajoute le pei-or, hautbois en bambou à
perce cylindrique dont la sonorité est pleine et grave. Parfois
un joueur de sadêo (monocorde sur calebasse) s'ajoute à
l'ensemble. C'est un des plus vieux instruments du Cambodge, et sa sonorité
frêle convient surtout à l'accompagnement d'un chanteur.
Deux joueurs de tambour (skor-arak) rythment le morceau et chantent
alternativement. L'ensemble de ces instruments forme l'orchestre de musique
de mariage dit phleng khmer. Les dons particulièrement développés
du paysan khmer pour la poésie en font un remarquable improvisateur
de chants. Comme dans tous les pays d'Extrême-Orient, c'est
la forme alternée qui est la plus utilisée. Et c'est ainsi
que la sensibilité du paysan poète est le mieux mise en
valeur. Les deux chanteurs font assaut de finesse, d'habileté vocale,
d'humour et de poésie. Ils chantent non seulement l'amour, mais
aussi la tristesse et la nature. Autre musique admirable : les chants d'aveugles. Ceux-ci se manifestent généralement les jours de fête, assis à l'ombre d'un arbre ou d'une pagode, et s'accompagnent d'un instrument, principalement le luth ou la cithare monocorde. Ils chantent un épisode de la vie de Bouddha ou quelque légende bien connue de tous les Cambodgiens. Ici aussi les animaux et la nature ont une grande importance. L'aveugle chante en de longues phrases auxquelles il ajoute des syllabes qui n'ont aucun sens afin de prolonger la mélopée, alternant avec le solo de son instrument pendant lequel il cherche son inspiration. Il existe aussi un orchestre de musique d'agrément
moins familier dans les campagnes mais qui joue encore au palais royal
: l'orchestre de musique mohori, qui se compose de xylophones et
de divers instruments à cordes, vielles, cithares et luths. On
y décèle facilement des influences anciennes siamoises et
chinoises, tant dans l'interprétation que dans la structure musicale. A l'exception de cette musique qui semble avoir subi
une évolution à part, il est à remarquer que toute
la musique cambodgienne peut être dansée. Qu'il s'agisse,
lors du mariage, de la coupe rituelle des cheveux des mariés où
l'homme qui tient les ciseaux danse en chantant les paroles traditionnelles,
ou des cérémonies rituelles au palais royal ou encore des
combats de boxe où les adversaires dansent longuement face à
face avant de se battre aux sons des hautbois et du tambour, la musique
tient une place primordiale et indispensable. C'est pourquoi on rencontre dans de nombreux villages des danses extrêmement anciennes qui sont toujours exécutées à certaines fêtes de l'année. |
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Les danses populaires sont peu connues. Elles sont souvent limitées à un village et inconnues ailleurs et sont pour la plupart liées à d'anciennes minorités ethniques implantées dans différentes régions du Cambodge. C'est le cas de la danse du cerf, leng trott, où deux danseurs, portent des masques et armés d'arcs, miment à la fois des démons et des chasseurs qui poursuivent un cerf matérialisé par un massacre fixé sur un long morceau de bois qu'un troisième danseur tient entre ses jambes. Un orchestre rythme les mouvements à l'aide de grelots suspendus à des hampes de bambou, de clochettes, de sifflets et de tambours. Cette danse, à l'origine acte magique de peuplades de chasseurs consistant à soumettre à la puissance de l'homme l'animal qu'on voulait chasser, est devenue de nos jours un divertissement que les paysans exécutent pendant les fêtes du premier de l'an khmer (13 avril). Une autre danse beaucoup moins répandue, mais connue de tous les Cambodgiens, est celle des bufs sauvages, qui était dansée autrefois par des groupes ethniques des montagnes longeant le littoral pacifique, les monts Cardamônes. Actuellement, trois ou quatre villages au Cambodge connaissent encore cette danse, une des plus belles que l'on puisse voir, et qui est liée à la présence d'un animal : le buf sauvage.
Lors de la fête des génies du village, pendant deux jours et deux nuits, les paysans se relaient autour des offrandes pour qu'il n'y ait point d'arrêt pendent l'exécution de la danse. Deux hommes coiffés de cornes imitent un couple de bufs sauvages, le dos voûté, les épaules en avant, les bras lé9èrement repliés à la hauteur du visage. Ils avancent lourdement, les genoux à peine écartés, la tache des danseurs étant de reproduire le plus fidèlement possible les caractéristiques des mouvements de l'animal. En face d'eux, un danseur joue d'un orgue à bouche à cinq tuyaux de grande taille. Ses mouvements contrastent avec ceux des bufs sauvages; des sauts en souplesse et une grande mobilité dans ses déplacements lui font imiter, grâce à l'orgue à bouche qui joue le rôle du dard de l'animal, l'abeille qui tourne autour des animaux et dont le but est de piquer les bêtes qui vont essayer de se défendre par des ruses diverses. Sur un rythme lent, cordonné par un chanteur et un joueur de tambour, les trois danseurs évoluent face à face avec des gestes amples aux mouvements arrondis. Nous ne pensons pas qu'il soit possible de rester indifférent
devant une telle manifestation. La voix plaintive du chanteur liée
aux sonorités chaudes et colorées de l'orgue à bouche
et la ronde incessante des danseurs aux gestes ondulants laissent un souvenir
impérissable d'envoûtement et de fascination. Une autre danse à la même origine, la Danse du paon et du buf sauvage, qui ne se danse malheureusement plus parmi les paysans. Elle aurait disparu si le chef de l'Etat n'avait, il y a peu, créé une troupe chargée, dans le cadre des activités du ministère des Beaux-Arts, de conserver les danses en voie de disparition. Cette danse animalière, assez semblable à la précédente, représente les évolutions de deux animaux sauvages de la forêt : un danseur, coiffé de pennes de paon fixées sur un cadre souple de rotin, tourne majestueusement autour d'un homme coiffé de cornes imitant par sa lourde démarche le buf sauvage. L'orchestre se compose de deux chanteurs dont l'un frappe un tambour à peau de buffle ; ils alternent une brève mélodie reprise deux fois par couplet, l'un chante le refrain dont nous avons parlé plus haut, l'autre clamant sur un registre suraigu un chant magique qui tourne vite eu chant d'amour, voire d'érotisme ; un troisième musicien accompagne les chanteurs à l'aide d'un petit orgue à bouche à sept tuyaux parallèles. Pendant la danse, les instruments sont sacrés et personne d'autre que les musiciens ne peut y toucher.
Deux autres formes chorégraphiques à la
fois religieuses et populaires sont très prisées au Cambodge
: la danse chha-yam et le théâtre d'ombres. Le chha-yam est dansé en tête des processions
religieuses devant les fidèles qui, avant d'entrer dans la pagode,
en font trois fois le tour. Ces danseurs utilisent de grands tambours
à une peau sur corps de bois allongé, accrochés en
bandoulière, et exécutent une danse comique sur des rythmes
rapides. Certains se munissent de cymbales et de petits gongs suspendus.
Souvent les danseurs se couvrent le visage de masques comiques et la danse
elle-même déchaîne le rire des paysans qui y assistent. Le grand théâtre d'ombres, qui n'existe
plus que dans une province, se joue à l'aide de figures de peau
découpées tenues par des danseurs au moyen de deux manches
de bambou et vues par transparence, la nuit, devant un écran qu'illumine
un brasier de flammes dansantes. On y joue le Râmâyana
que racontent un récitant et des chanteurs tandis que les scènes
plus particulièrement chorégraphiques sont accompagnées
par un orchestre de xylophones et de gongs. Il faut voir, la nuit, lors
des fêtes de pagodes, ces grandes ombres d'environ deux mètres,
animées par les flammes et les bras des danseurs faire une ronde
autour d'un immense écran d'une dizaine de mètres de long,
tandis que les spectateurs suivent intensément les péripéties
de l'action. Nous venons de donner ici un aperçu général mais succinct des différentes formes de danses et de musique au Cambodge. Il aurait fallu parler aussi du Ballet royal, une des merveilles du patrimoine artistique cambodgien ; de la musique funèbre où les pleurs du hautbois associés à aux gongs sont particulièrement impressionnants ; du lokkhon-bassac aussi, théâtre qui représente, dans les campagnes, le Râmâyana, avec un mélange de mimes, de danses et de dialogues ou de récitatifs. Toujours est-il que la musique cambodgienne mérite d'être plus connue. Elle est restée pour les Européens, dans l'ombre, derrière les musiques de l'Inde, de la Chine, de l'Indonésie, mieux connues et plus souvent écoutées. Mais la musique cambodgienne, de haute culture, elle aussi très ancienne, possède autant d'intérêt. |
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