Mon livre vert à petits pois jaunes
Soursdey
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Auteur de deux ouvrages "De l'enfer à la liberté" et "Franche-Comté terre d'accueil", publiés aux éditions l'Harmattan.

 

Article de Joëlle Cailleaux paru dans "La Passerelle" à Besançon

Curé de Planoise pendant 10 ans, le Père Gilles a consacré ensuite le plus clair de son temps aux migrants, et tout spécialement aux réfugiés du Sud-Est asiatique.

Mais il ne s'est pas limité à la mission de délégué à cet accueil dont il avait été chargé par le préfet.

Rappel de quelques dates :

Le 17 avril 1975, les khmers rouges prennent le pouvoir au Cambodge. Le 30 avril 1975, l'armée du Nord Vietnam entre à Saïgon. En janvier 1979 - trois ans et un million de morts plus tard - le Vietnam renverse le régime khmer Rouge de Pol Pot.

Ces événements et leur contexte ont entraîné l'exode de centaines de milliers de personnes (les plus connus sont les "boat people", mais il y en a bien d'autres).

Porteur d'espoir

Une figure planoisienne : Claude Gilles

Les étudiants présents en Franche-Comté ont demandé au Père Gilles d'être leur intermédiaire et de porter à leurs familles, réfugiées dans des camps le plus souvent en Thaïlande, de l'argent, des colis… Il fera un premier voyage en 1977 au camp d'Aranyaparathet, à la frontière Cambodge / Thaïlande, où étaient massés des Cambodgiens qui avaient fui les Khmer Rouges. Naturellement, les familles qu'il avait mission de contacter demandaient à venir en France, d'où le début de multiples démarches pour leur accueil.

25 voyages, c'est ce que fera le Père Gilles entre 1979 et 1990.

Certains payés par Air France au titre de l'aide aux ONG, la plupart financés par les familles anxieuses de renouer un contact avec les leurs. Il visitera à peu près tous les camps.

Etrange situation que celle des camps de réfugiés, ils ne sont pas la preuve des qualités d'accueil des pays-hôte : le terrain est acheté (ou loué) à l'Etat concerné par le HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés de l'ONU), qui se charge de la subsistance des occupants. Dans le cas de la Thaïlande, la contribution de pays-hôte consistait surtout à faire garder les camps par l'armée. Et l'armée thaï veillait à empêcher toute sortie comme toute entrée, et interdisait formellement d'apporter de l'argent, des colis ou même des lettres… aïe !

Camouflage

Travaillant avec la "mission réfugiés" de l'ambassade de France à Bangkok, le Père Gilles était muni de toutes les autorisations nécessaires pour entrer dans les camps, mais il a été aidé aussi par Médecins Sans Frontières, qui lui a facilité la tâche en le faisant entrer avec les équipes soignantes. Restait à trouver les familles et à leur remettre en cachette les envois de France. Il les faisait donc appeler à l'hôpital, ou à l'église… non sans de fréquents séjours aux toilettes pour se débarrasser peu à peu des enveloppes scotchées autour de ses jambes ou de son estomac (pas facile, en costume léger, de cacher toutes ces épaisseurs, et son expérience de la Résistance lui a été bien utile). Le va-et-vient s'arrêtait quand on signalait la présence de la police du camp. Cette police traquait en fait surtout les clandestins… mais les trouvait rarement. En effet, chaque maison - et même hôpital - comportait un trou dans le sol, camouflé, et les clandestins s'y cachaient en cas d'alerte.

On estime par exemple qu'à Khao Dang, outre les 130 000 "résidents" officiels, il y avait plus de 20 000 clandestins. Après s'être faufilés sous les barbelés au péril de leur vie - les soldats thaïs tiraient - ces derniers, dépourvus de badge, ne pouvaient ni sortir ni recevoir de nourriture et partageaient les rations des autres… moyennant finances, envoyées par leurs familles.

Les conditions de vie étaient extrêmement dures dans ces camps de réfugiés cambodgiens ou vietnamiens - le Père Gilles dit qu'après ces visites et celles des prisons thaïlandaises (où il aurait bien pu atterrir lui-même s'il s'était fait surprendre), les mouroirs de Mère Teresa lui ont semblé plus humains. La vie était un peu plus douce chez les réfugiés laotiens, la Thaïlande comptant 20 millions de Lao contre 3 millions au Laos même. Mais le pire a été sans nul doute le camp de Sakéo, créé pour recevoir les réfugiés khmers rouges s'enfuyant à leur tour. Le Père Gilles se souvient du choc ressenti en voyant ces milliers de gens en pyjama et krama (sorte de bandeau de tête) uniformément noirs. Il n'avait rien à faire dans ce camp, mais dans le camp jumeau de Sakéo 2 - après tri des non-khmers rouges - il a dû faire appeler les familles en présence d'une brochette d'officiers thaïs ; sa mission devenait encore plus périlleuse. Il reconnaît d'ailleurs qu'à la fin de chaque voyage il poussait un gros soupir de soulagement et ne recommençait qu'avec une certaine angoisse…

Que devenaient ces réfugiés ?

Les ambassades avaient l'autorisation d'aller dans les camps pour établir des listes de candidats à l'émigration. On ne pouvait postuler que pour un seul pays. Les Cambodgiens demandaient tous à aller en France, leur seule référence du moins jusqu'en 1981 où la victoire électorale socialiste leur a fait très peur (le régime de Pol Pot se réclamait lui aussi du socialisme…). Les Vietnamiens au contraire, surtout ceux qui avaient vécu dans des villes et côtoyé pendant plusieurs années les soldats US, rêvaient des Etats-Unis (et en rêvent encore, bien souvent). En outre, la seule langue enseignée dans les camps était l'anglais, monopole d'ONG états-uniennes ou australiennes à connotation religieuse. Mais chaque pays avait ses critères : USA et Australie, par exemple, avaient surtout des critères intellectuels et recherchaient ceux qui pouvaient leur être utiles (et en bonne santé), quitte à séparer des familles. C'est tout à l'honneur de la France et de la Suisse, dit le Père Gilles, d'avoir accueilli des familles entières, y compris lorsque l'un de leurs membres était en âgé et malade ou handicapé. Quant aux "boat people", c'était le pays propriétaire du bateau qui les recueillait qui devait les prendre en charge.

Evidemment, pour établir les papiers officiels, on n'avait que la parole des intéressés et le témoignage de leurs proches… Chacun a donc suivi les conseils du moment : rajeunir les enfants pour qu'ils puissent aller à l'école - d'où quelques pubertés précoces ; rajeunir les hommes pour qu'ils trouvent plus facilement un travail - c'est moins amusant quand il faut travailler jusqu'à 70 ans réels pour avoir droit à la retraite ; faire passer son fiancé pour son frère aîné afin d'émigrer avec lui - dur ensuite pour un mariage officiel, etc.

Tous ces détails et bien d'autres, le Père Gilles les a relatés dans deux ouvrages "De l'enfer à la liberté" et "Franche-Comté terre d'accueil", publiés aux éditions l'Harmattan. Ils se lisent aisément… et on peut même les faire dédicacer !

[Ceux qui ont vécu à Besançon comme moi l'ont tous bien connu.]

 

   

Planoisien depuis 31 ans, le Père Claude Gilles est connu bien au-delà de notre quartier, en particulier pour son action en faveur des réfugiés du Sud-Est asiatique et par les ouvrages qu'il a été amenés à écrire sur eux et sur leurs civilisations d'origine.

En ce temps-là Planoise se construisait… Les immeubles se multipliaient et il fallait penser à un lieu de culte et à un prêtre.
D'abord le prêtre : après un "dépannage" assuré par Denis Studer, curé de Velotte, Claude Gilles, précédemment curé de Deluz et Laissey, était nommé à Planoise en juillet 1970. N'existait encore que le quartier des Epoisses (le seul qui témoigne d'une vraie recherche architecturale sous la direction de Maurice Novarina, architecte en chef des bâtiments civils), et Planoise pouvait être alors considérée comme une "ZUP de cols blancs", puisque 47% des chefs de famille avaient un niveau d'études au moins secondaire, 24% étant de niveau universitaire.

Puisqu'il n'y avait pas de lieu officiel de culte, la messe a été célébrée pendant deux ans dans la grange de la ferme Roy - non, les toiles d'araignée, normales en ce lieu, ne dérangeaient personne (rappel : la ferme Roy est notre seule maison comtoise survivante mais en sursis puisque c'est la maison du gardien d'aménagement prévoient la destruction pure et simple).

L'autre mission du Père Gilles était de faire construire une église - ou plutôt une chapelle, le mot a son importance.

Un comité s'est alors constitué, pour chercher qui serait l'architecte, et où serait la chapelle. Comme M. Novarina était en somme sur place ou presque, et qu'on lui doit entre autres les chapelles du plateau d'Assy et d'Audincourt, il semblait tout désigné. Restait l'emplacement : on visait l'angle de la rue d'Artois (là où œuvre actuellement l'association PARI), mais la SEDD avait déjà demandé l'endroit. Restaient deux possibilités : la mairie proposait de vendre au comité l'emplacement actuel ou l'espace en face de la maternelle Cologne (qui n'était pas encore construite, pas plus que les immeubles voisins). Les projets d'alors prévoyaient quatre quartiers comme les Epoisses et une partie centrale. On envisageait donc une église au centre et des chapelles de quartier… ce qui explique que ce qui s'est trouvé être finalement la seule "église" de Planoise occupe une situation aussi excentrée.

C'est ainsi que la chapelle St-François d'Assise (le Père Gilles est pour beaucoup dans le choix de ce nom, qui finalement convient si bien) a pu être inaugurée en novembre 1972. Elle a, entre autres mérites, celui d'utiliser matériaux et techniques locales pour sa charpente (ouf ! nous avons échappé au faux gothique…). Elle a aussi quelques inconvénients : une dalle de béton industriel rouge (on aurait pu avoir de la pierre de Comblanchien pour le même prix, mais l'architecte tenait beaucoup à son béton rouge… c'est pourquoi pendant plusieurs années de suintement le bas des vêtements sacerdotaux a eu une couleur non officielle). Et puis, une église sans clocher, comment la trouver ? Les cloches ne sont peut-être pas indispensables, mais le signal est nécessaire. Faute de clocher (les paroissiens avaient déjà engagé beaucoup de frais puisque l'archevêché offrait 400 000 F pour un devis de 700 000 F - il y a 30 ans !) on planta une croix - que l'on ne voit plus non plus parce que les arbres ont poussé.

Planoise avait alors 7 000 habitants, autant dire que les prêtres avaient dû temps pour visiter et rencontrer leurs ouailles. "Les" prêtres ? mais oui… deux au départ : le Père Gilles puis le Père Robert. Et un troisième au bout de quatre ans, J-C. Menoud. Après le départ de ces derniers sont arrivés D. Jacquot et Ch. Marandet, et même S. Faivre en quatrième. Epoque faste ! (nous en sommes actuellement à un prêtre "et demi" : G. Thévenin et N. Petot). Il est vrai qu'il fallait en ce temps-là célébrer deux messes de minuit (à 21 h et à 23 h), deux professions de foi et quatre messes chaque week-end… et l'église était pleine !

En même temps, la paroisse participait activement aux réunions du tout nouveau comité de quartier d'alors et se préoccupait de l'accueil des 200 étudiants étrangers logés à Planoise : en juillet 1975 Planoise comptait déjà 16 000 habitants et le Père Gilles parlait d'une paroisse "tous horizons". C'est sans doute pour cette raison qu'il a été chargé de créer la pastorale des migrants (pas forcément chrétiens) et a quitté sa paroisse (mais pas Planoise) en 1980. Entre temps avait été créée l'AFCAR (Association Franc-Comtoise pour l'Accueil des Réfugiés) par M. Devaillières, adjoint au maire, M. Bichet, de la Ligue des Droits de l'Homme, et le Père Gilles, nommé en même temps délégué, pour une partie de la Franche Comté, à l'accueil des réfugiés du S-E asiatique, avec l'aval et du ministère et des préfets… tout ceci expliquant comment Claude Gilles a orienté tant sa vie que sa carrière, comme nous vous le raconterons dans le prochain numéro !

 

 

 

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Dernière mise à jour : June 30, 2002
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